Quels EPN pour demain ?

A quoi ressembleront les espaces publics numériques (EPN) dans les années à venir ? Quelles formes prendront-ils ? Quelles seront leurs missions ? A quels publics s'adresseront-ils ? Avec quels moyens… ? Autant de questions simples, mais essentielles qu'on est en droit de se poser si l'on considère les changements qui s'opèrent depuis presque dix ans dans différents domaines qui touchent nos concitoyens dans leurs usages numériques : dématérialisation des services publics, cloud computing, Internet mobile, Internet des objets, fabrication numérique…

EPN et espaces de médiation numérique : une offre très diverse

Historiquement, dans l'Hexagone, ce sont les EPN et les hackerspaces/makerspaces qui ont ouvert, chacun à leur manière, la voie de la médiation numérique il y a une vingtaine d'année. Les uns proposant l'appropriation des logiciels les plus courants et les plus indispensables dans la vie de tous les jours (navigation sur le Web et e-mail, outils bureautiques, logiciels graphiques), les autres, plus à la marge, se concentrant sur le fonctionnement et la programmation des matériels. Pour être très schématiques, les EPN s'occupaient du soft et les hackerspaces du hard.

Animés conjointement par des principes d'éducation populaire, chaque type d'espace a joué et joue encore son rôle de décryptage et de facilitation dans le but de rendre les technologies numériques plus accessibles aux citoyen(ne)s.

Aujourd'hui, la situation a bien évolué. Les acteurs de la médiation numérique sont devenus plus nombreux. Parmi les lieux qui accompagnent nos concitoyens dans la maîtrise et la compréhension des TIC, on trouve à ce jour (la liste n'est pas exhaustive) des EPN, des espaces multimédias, des médiathèques, des fablabs, des hackerspaces, des makerspaces, des espaces de coworking, des infolabs/medialabs, des écoles numériques, des maisons de service public, des missions locales, des repair cafés...

Témoignant d'une segmentation des lieux et des publics, ce foisonnement a certes le mérite d'enrichir l'offre de médiation numérique, mais il la rend parfois peu lisible des premiers concernés : les bénéficiaires. Certains espaces sont en effet plus généralistes (EPN, espaces multimédia, médiathèques) alors que d'autres sont plus spécialisés dans leurs champs d'intervention (fablabs, hackerspaces, infolabs, repair cafés…). Tenir compte de cette nouvelle pluralité nous aidera, nous semble-t-il, à mieux dessiner les contours de ce que pourront être les EPN de demain.

Des EPN pluriels...

Parler des EPN au pluriel a son importance, car cet acronyme renferme une pluralité. Comme pour le vin, celle-ci dépend, à nos yeux, de grandes composantes qui donnent « une couleur » et « une saveur » particulières à chaque espace :

  • Le territoire où l'EPN est implanté (urbain, périurbain, rural,...)
  • La structure qui porte l'EPN (commune, collectivité territoriale, service public, association, centre social…)

De ces différences que nous pourrions qualifier de « géostructurelles » découleront d'autres éléments essentiels pouvant caractériser un EPN :

  • La surface de l'EPN
  • Le nombre de médiateurs/médiatrices numériques qui l'animent (salariés, bénévoles, services civiques...) et leur profil (généraliste, technicien, créatif...)
  • Les publics accueillis variant selon leur âge (enfants, ados, adultes, seniors), leur appartenance socioculturelle et leur situation socioprofessionnelle (actifs, chômeurs, étudiants, handicapés, sans domiciles, retraités...)
  • La nature des partenariats et de l'écosystème existants ou à construire avec l’environnement proche (associations, collectivités, établissements publics, écoles, PME...) à l'échelon d'un quartier, d'un arrondissement, d'une commune, d'un canton/d'une communauté de communes…

On le comprend aisément, même si un tronc commun existe pour tous les EPN de France et de Navarre, on ne mène pas complètement les mêmes activités dans un espace porté par une petite association d'un quartier populaire d'une grande ville que dans un EPN municipal installé dans une mairie de commune rurale. Cela va sans dire, des publics et des contextes territoriaux différents ne génèrent pas exactement les mêmes demandes.

...rythmés par l'évolution des technologies

Ceci étant posé, la partition qui règle déjà et continuera à régler dans le futur la musique de chacun des EPN se nomme « évolution technologique ». Dans un secteur qui bouge à tout instant, les EPN – si on leur donne les moyens – auront toujours du grain à moudre ! Car l'arrivée de nouvelles technologies, de nouveaux enjeux a des répercussions évidentes sur les actions de médiation qui en découlent. Face à ces changements, les EPN doivent se mettre à la page, faire le tri dans les nouveaux outils qui abondent, les prendre en main puis transmettre les usages à leurs publics. C'est un cycle continu et incessant.

Et demain ?

Faire de la prospective pour les EPN revient donc à prendre en considération les différentes composantes que nous avons précédemment énoncées. C'est avec ces pièces maîtresses que notre puzzle se composera dans les années à venir.

Quelles technologies pour quels usages ?

Si l'on devait me demander « quel visage auront les EPN dans quelques années ? », je répondrai sans hésiter qu'ils seront métisses. Historiquement et par définition plutôt généralistes dans leur approche du numérique, les EPN de demain continueront de se nourrir des nouveaux outils et des nouveaux usages qui les accompagnent. Ils relèveront, plus que jamais, d'une forme de syncrétisme technologique et seront des sortes de mutants mi-centre d'animation et d'éducation au numérique, mi-espace emploi, mi-fablab, mi-hackerspace, mi-infolab... De gentils monstres en somme, très outillés sur le plan technique, pédagogique et sociologique, capables de vulgariser et d'orienter dans différents champs des publics très larges. Ils n'auront pas la vocation d'être des spécialistes car les sciences numériques comptent de plus en plus de branches entraînant fatalement une multiplication et une fragmentation constante des connaissances et des savoir-faire.

C'est pour cela que les premières qualités que les EPN devront développer seront sans conteste la curiosité et l'ouverture. Rester à l'affût de tout ce qui se fait ici et ailleurs est une priorité absolue pour rester à la page.

Classer les technologies, les pratiques qu'elles suscitent ainsi que les difficultés ou les dérives qu'elles peuvent entraîner n'est pas chose aisée. Le découpage que nous proposons plus bas en vaut un autre et nous invitons nos confrères et nos consœurs ainsi que tous nos lecteurs attentifs aux questions d'inclusion numérique à nous faire leurs suggestions et à nous proposer leur vision de l'avenir.

Dans la continuité de ce qu'ils font déjà, les EPN veilleront à proposer des actions autour de quatre grands axes qui nous semblent incontournables et pérennes dans le temps :

  1. Le logiciel ;
  2. Le matériel ;
  3. La littératie numérique ;
  4. Les projets à base de numérique.

1. Le logiciel

Ce que nous nommons ici logiciel correspond à tous les services que nous pouvons trouver sur différents matériels numériques : ordinateurs de bureau et portables, ordiphones et téléphones mobiles, tablettes tactiles et autres objets connectés.

L'univers du logiciel étant immense, les EPN pourront par exemple passer par le filtre des différents médias (texte, image fixe, image animées et son) et des différents contextes (individuel, professionnel, collectif/associatif) pour opérer leur sélection. Ainsi, ils pourront proposer des activités de découverte et d'apprentissage (la liste n'est pas exhaustive) pour des niveaux débutants et intermédiaires sur :

  • les fondamentaux de l'informatique : clavier/souris, utilisation de systèmes d'exploitation, dossiers/fichiers, stockage et sauvegarde des données, navigation et recherches sur le Web ;
  • la navigation dans les OS et environnements des supports tactiles (ordiphones et tablettes) ;
  • la maintenance préventive : l'installation, le paramétrage, l'entretien et la sécurité d'un système d'exploitation, des logiciels et services associés ;
  • le pilotage de périphériques courants comme les imprimantes, les scanners, les webcams ;
  • les logiciels connectés (plateformes/sites Web et applications connectées présentes sur tous supports) : services publics dématérialisés (santé, logement, emploi, éducation...), sites relevant de la vie pratique et de l'accès aux droits (emploi, vente/achats et réservations divers, informations aux consommateurs, informations juridiques, ENT scolaires...), sites d'informations, réseaux sociaux généralistes et spécialisés, sites culturels, sites dédiés aux loisirs et aux divertissements ;
  • les logiciels de bureautique (dans leur version locale ou dans le nuage) : messagerie, traitement de texte, tableur/grapheur, PréAO, agenda-organiseurs, lecteurs PDF... ;
  • les logiciels graphiques : visualisation d'images, dessin vectoriel 2D, photo, retouche d'image, PAO, modélisation 3D ;
  • les logiciels vidéo : visionnage et montage de films ;
  • les logiciels de son : écoute, montage sonore et création musicale (MAO) ;
  • l'apprentissage de l'algorithmique, du code informatique et des environnements de programmation dédiés aux ordinateurs – pour la création de sites Web –, aux ordiphones et tablettes – pour la création d'applis – ainsi qu'aux robots ;
  • les jeux vidéo sur ordinateur, ordiphone, tablette et console ;
  • les logiciels de gestion de projet et de collaboration en ligne : groupware, outils bureautiques et d'organisation partagés, cartes mentales, cartographie collaborative et storymapping, forums de discussion, visioconférences...

2. Le matériel

Ce que nous nommons « matériel » ne désigne pas les différents supports, mais plutôt les éléments qui les composent ; ce que les anglophones appellent le hardware. Nous ajoutons à cela les machines à commande numérique qui ont fait leur apparition dans certains EPN ces dernières années.

Dans cette catégorie, nous pourrons distinguer trois domaines :

  • la maintenance corrective : reconnaissance et recherche de pannes et dysfonctionnements, remplacement de pièces défectueuses, limitation des risques de pannes, connaissance des logiciels de maintenance et de diagnostic de pannes ;
  • le pilotage de machines à commande numérique en vue de fabriquer des pièces et objets divers : scanners et imprimantes 3D, découpeuses laser, découpeuses vinyle, fraiseuses numériques/machines multi-outils, brodeuses numériques.. Certaines de ces machines à commande numérique pourront être associées à des outils classiques comme des outils à main et des outils électroportatifs ;
  • la fabrication, la programmation et le pilotage d'objets connectés à partir de microcontrôleurs et de nano-ordinateurs : objets domotiques, robots, drones.

3. La littératie numérique

La littératie numérique ne se résume pas simplement à acquérir une culture numérique. Il s'agit bel et bien d'une forme de savoir composite faite de connaissances et de compétences technologiques associées à des comportements éthiques et raisonnés. En d'autres termes, « une vaste capacité de participer à une société qui utilise la technologie des communications numériques dans les milieux de travail, au gouvernement, en éducation, dans les domaines culturels, dans les espaces civiques, dans les foyers et dans les loisirs » selon la définition des chercheurs canadiens Michael Hoechsmann et Helen DeWaard.

La littératie numérique englobe les deux premiers champs décrits précédemment (logiciel et matériel) et ajoute une dimension plus philosophique et politique que nous nommerons « citoyenneté critique », qui permet de questionner nos pratiques et de repérer les limites, les risques et les dangers que le numérique peut aussi représenter.

Dans leurs activités futures, les EPN mèneront, encore plus qu'aujourd'hui des actions d'éducation et de prévention à destination de tous les publics (enfants, jeunes, adultes et seniors) :

  • éducation aux médias en ligne : analyse et classement de l'information, repérage des fausses informations (fakes news) et des sites de propagande politique et religieuse ;
  • identification et protection contre les sites de cybercriminalité : connaissance des typologies de cyberfraudes et attaques informatiques, repérage des sites interdits par la loi (pédopornographie, drogue et produits illicites, armes...) et des darknets associés ;
  • identification et prévention des cyberdépendances et cyberaddictions : infobésité, addiction aux jeux vidéo et aux jeux d'argent, addiction au sexe en ligne, infolisme, FOMO, droit à la déconnexion... ;
  • gestes et pratiques responsables : sécurisation de ses données personnelles, lutte contre l'obsolescence programmée, optimisation du bilan carbone à travers la limitation des DEEE, la déconnexion, la digital detox et la mise en place de solutions logicielles et matérielles moins énergivores... ;
  • soutien au pouvoir d'agir des citoyens par les outils numériques : connaissance de la culture libre et des biens communs numériques, favorisation des échanges de savoir et des innovations ouvertes, ouverture et partage des données (open data), utilisation des MOOC et des tutoriels, prise en main de logiciels et de plateformes collaboratives, connaissance et usage des civictechs, implication dans des projets de sciences participatives...

4. Les projets à base de numérique

Lancés en autonomie ou aidés par des appels à projet, les projets numériques que les EPN développent depuis leur création sont nombreux et vouloir en dresser une liste représentative ferait, en soi, l'objet d'un article. Retenons néanmoins que ce qui les caractérise est le prolongement sur un temps plus long des actions menées en faveur de l'acquisition d'une littératie numérique. On trouvera par exemple des projets aidant des publics éloignés de l'emploi (jeunes, chômeurs de longue durée, personnes handicapées, personnes sans abris...), des décrocheurs scolaires, des personnes âgées, des populations d'origine étrangères.

Ces projets se font généralement avec des partenaires locaux ce qui témoigne de la capacité des EPN à créer des dynamiques vertueuses et à être des acteurs du changement sur les territoires.

Quels moyens pour les futurs EPN ?

Ces cinq dernières années, le soutien aux EPN par les pouvoirs publics n'a fait que baisser. Certains EPN ont été fermés, d'autres ont été restructurés et de nouveaux acteurs ont pris part à la médiation numérique. L'engagement des collectivités territoriales dans l'inclusion numérique est d'ailleurs très inégal selon les régions et l'on assiste même à des doubles discours où l'accès au numérique par tous est affiché comme incontournable alors qu'il est peu ou plus soutenu dans les faits. C'est la situation qu'on a pu constater à Paris qui soutenait encore vingt EPN en 2007 et qui n'en subventionne plus que huit : les EPN portés par des centres sociaux1.

À l'inverse, des régions comme la Bretagne, l'Aquitaine ou Rhône-Alpes – pour ne citer qu'elles – ont adopté depuis très longtemps une véritable politique d'e-inclusion et de développement des usages citoyens du numérique. Une fois de plus, citons le cas de Brest qui, sans mauvais jeu de mots, contre vents et marées, reste un phare et un solide rocher portant très haut les valeurs de notre profession.

Vers de nouveaux modèles économiques

Dans ce climat d'incertitude financière beaucoup d' « EPN du futur » devront développer une capacité à créer de nouveaux modèles économiques, complémentaires ou totalement indépendants des subsides publics. Plusieurs pistes s'offrent à eux et d'autres seront à construire avec le temps et selon les circonstances. Si ce n'est pas déjà le cas, l'opportunisme deviendra, à tort ou à raison, une qualité que les responsables d'EPN devront développer comme le font déjà les chefs d'entreprise. La pérennité des EPN de ces prochaines années reposera sur un savant tricotage entre aides publics et financements privés.

En soutenant la mise en place de la coopérative « La MedNum » (sur un schéma de SCIC), l'État envoie dans ce sens un signal fort aux acteurs de la médiation numérique. Cette structure naissante, qui a tenu son assemblée générale le 15 mars dernier à Paris, se veut à la fois pragmatique et clairement modulable, adaptable, en un mot « agile » si l'on s'en tient aux intentions affichées sur son site : « Nous sommes divers […], agiles […], solidaires […], lucides […] ».

Se trouver un vrai modèle économique est la priorité que se donne la MedNum. C'est une entreprise coopérative qui n'a pas vocation à devenir une fédération des structures de médiation numérique. Cette vision est défendue par Gérald Elbaze – qui présidait l'assemblée générale –, chargé de l'ingénierie de projets numériques et du développement chez Médias-Cité, très impliqué dans le comité de pilotage dans la phase de création de la MedNum. Car, rappelle-t-il, même si elle adhère aux valeurs d'une coopérative, l'objet d'une entreprise comme la MedNum est avant tout de proposer des services dégageant du chiffre d'affaire afin de ne pas puiser dans son capital.

Sauf si de nouvelles orientations en matière de formation et d'inclusion numérique du prochain gouvernement ne viennent le contredire, la forme hybride de cette structure mi-privée mi-publique (la coopérative aura un fonds de dotation abondé par l'État), qui se co-construira dans les mois à venir, annonce probablement la tendance des mutations structurelles que les EPN devront faire dans le futur.

Des EPN tournés vers la formation et l'insertion professionnelle

Parmi les opportunités susceptibles de générer des financements pour les EPN, tâchons d'en repérer quelques-unes qui nous semblent significatives. Depuis déjà longtemps, certains EPN ont, parallèlement à leur travail d'initiation aux usages numériques, une activité d'organisme de formation relevant d'un agrément et d'un numéro de déclaration d'activité spécifiques attribués par la DIRECCTE. L'EPN dispense donc des formations continues pour adultes ; il dégage un chiffre d'affaire et des bénéfices qu'il déclare normalement aux services des impôts. Il devient un acteur comme un autre de la formation pour adultes et s'inscrit dans un marché concurrentiel. Il peut pour cela répondre à des marchés publics, devenir sous-traitant d'autres structures privées, mener une stratégie commerciale sur son territoire pour trouver des clients autour de schémas B to C et/ou B to B.

Dans des cas très aboutis, l'EPN peut être force de proposition dans la création de formations professionnelles diplômantes ou certifiantes inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Pour ne citer qu'un seul exemple, le LOREM, dans le 14e arrondissement de Paris, a pris cette voie en ouvrant en mai prochain une formation longue de fabmanager (15 mai 2017- 31 janvier 2018). Pour cette formation, cette association a obtenu le label « Grande École du Numérique ». Ce type de reconnaissance permettra, on peut le penser, d'inscrire les EPN qui investissent dans la formation professionnelle et l'insertion des jeunes.

Corollaire de la formation, l'insertion professionnelle est un autre terrain sur lequel interviennent un certain nombre d'EPN notamment en milieu rural. Citons simplement le beau travail que réalisent auprès des jeunes des structures comme le centre social du Chemillois (Maine-et-Loire) qui a l'intelligence de créer de nombreux liens avec ses différents secteurs (jeunesse, emploi et numérique) associés aux partenaires locaux, privés et institutionnels : Centre de Formation La Gautrêche, Missions Locales, Pôle Emploi, Planning Familial, Département et Région, Académie des Projets de Vie (pour plus de détails, lire à ce sujet notre bilan du 13 juillet 2016 du projet « Le Chantier »).

Pour conclure la question de la formation professionnelle, on peut également mentionner le fait que les EPN peuvent devenir des centres habilités à faire passer des brevets et des certifications reconnus à l'échelle nationale et mondiale. Nous pensons en particulier au Brevet Informatique et Internet Adultes (B2i Adultes) et au Permis de Conduire Informatique Européen (PCIE). Ces deux examens peuvent venir consolider l'offre de services des EPN et accroître leur notoriété.

Appels à projets, fonds publics et privés

Une autre source de financements est celle des appels à projets émanant de collectivités territoriales (communautés de communes, agglomérations, départements et régions), de l'État et de fondations privées. Ces dernières années, les structures de l'ESS impliquées dans le champ du numérique associé au social ont vu ces appels à projet se multiplier. Cette source de financement, même ponctuelle, compte aujourd'hui et comptera demain dans les modèles économiques des EPN. Le but de ces financeurs est souvent de créer des articulations entre les secteurs public et marchand voire des alliances avec l’ESS pour produire des services et usages numériques d’intérêt général. Les EPN étant généralement des lieux engagés depuis de nombreuses années dans la création d'outils et d'actions numériques à forte valeur sociale ajoutée, ces appels à projets peuvent leur être taillés sur mesure.

Enfin, parmi les fonds publics ayant une durée limitée dans le temps, on trouve aussi les fameux fonds européens (FSE et FEDER notamment) que beaucoup de structures regardent avec envie, mais redoutent du même coup. Les sommes qu'elles peuvent recevoir des fonds européens sont certes attractives, mais l'ingénierie de montage et de gestion de projet est conséquente dans toutes les phases de l'action : montage du dossier, phase de production, bilan. Ne peuvent donc s'aventurer sur ce terrain miné que les EPN ayant en interne les personnes compétentes et rompues à ce genre de gestion particulière. Nombre de structures ayant bénéficié de fonds européens ont été mises en difficulté à cause de leur manque de préparation ou de leur manque d'expérience dans le domaine.

Financement participatif

Faire appel aux générosités est dans l'ADN des associations. Nombre d'EPN sont associatifs, ont des bénévoles et reçoivent des dons de leurs adhérents, de leurs publics, de leurs partenaires. Les plateformes de financement participatif (crowdfunding) apparues sur le marché ces dernières années s'appuient sur la capacité de nos concitoyens à agir en soutenant des projets et des actions qu'ils jugent porteuses de sens, en accord avec les valeurs qu'ils veulent défendre. Ce nouveau business de la fintech désireux de mettre en relation les particuliers et les structures de l'ESS est une source de financement supplémentaire pour les EPN qu'il faut toutefois considérer comme une simple opportunité de mettre du beurre dans les épinards de leur comptabilité. Penser que ce soutien financier et moral peut avoir des effets sur un financement de long terme est mal connaître l'investissement temps/homme que requiert la mise en place et l'animation d'une campagne de crowdfunding. Cette option est à manier avec parcimonie. Utiliser toujours les mêmes leviers risque, à terme, de lasser les généreux donateurs. Sans être totalement one shot, de telles campagnes d'appel aux dons, très utiles également pour étendre la notoriété d'un EPN, sont donc à espacer dans le temps.

Monnaies complémentaires pour les EPN : les chèques #APTIC et le Pass' Numérique

Le chèque culture numérique pour tous, conçu sur le modèle des titres-restaurant, qui permet de payer totalement ou partiellement tous les services de médiation numérique. C'est ce qu'annonce le site de l'#APTIC lancé il y a peu par la coopérative Médias-Cité dont nous avons déjà parlé plus haut. Cette forme de monnaie complémentaire repose sur un système quadripartite simple d'utilisation. Il implique trois acteurs (le commanditaire, l'utilisateur et l'acteur de la médiation numérique) et une plateforme dédiée qui coordonne le tout.

Dans un premier temps, chaque acteur de la médiation numérique (dans notre cas, les EPN) fait une demande d'habilitation sur la plateforme et décrit son offre de services.

Dans un deuxième temps, le commanditaire achète des chèques et définit les règles de distribution et d’utilisation sur son territoire pour répondre au mieux aux besoins des publics bénéficiaires. On entend par commanditaires différentes types de structures telles que des collectivités, des établissements publics, des CCAS, des entreprises, des chambres de commerce ou des métiers, des clubs d’entreprises...

Dans un troisième temps, l'utilisateur bénéficiaire, porteur du moyen de paiement, repère les offres qui lui correspondent et le(s) EPN capables de satisfaire à ses besoins.

Dans un quatrième temps, une fois le service rendu, l'utilisateur apporte une notation permettant d'évaluer la prestation de l'EPN.

Cette démarche qualité est présente sur l'ensemble de la chaîne :

  1. Les services des EPN sont qualifiés et validés par la plateforme
  2. Le commanditaire évalue l'utilisation des chèques par l'utilisateur
  3. L'utilisateur évalue la prestation de l'EPN

Notons enfin que 1 % de la valeur nominale d'un chèque est versé à des fonds de coopération territoriale pour le développement des usages sociaux du numérique sur les territoires.

D'autres initiatives innovantes comme le chèque #APTIC pourraient voir le jour sur notre territoire. Certains pionniers comme la région Rhône-Alpes avaient d'ailleurs mis en place, il y a déjà cinq ans, le Pass' Numérique, un système un peu similaire de bons d’une valeur de 150€ échangeable dans un EPN partenaire du dispositif pour bénéficier de 10 heures d’accompagnement collectif.

Aides en nature et allègement fiscaux

Dans cette catégorie un peu fourre-tout, nous en conviendrons, nous souhaitons mettre l'accent sur le soutien réel en ressources matérielles, humaines et fiscales apportées par différentes aides (privées et publiques) que les EPN devront considérer pour leur développement futur :

  • les dons de matériel par les entreprises, les administrations/organismes publics et les particuliers ;
  • le mécénat de compétences des entreprises qui mettent à disposition un(e) de ses salarié(e)s quelques heures par semaine. Ce dispositif est encore confidentiel, mais il y a fort à parier que de plus en plus d'entreprises choisiront de le mettre en place ;
  • les contrats aidés comme le CUI-CAE (pour les EPN du secteur non marchand) et le CUI-CIE (pour les EPN qui entreront dans le secteur marchand), les emplois d'avenir, le contrat starter ;
  • les volontaires du service civique.

Dans les montages salariaux permettant l'allègement de certains frais, retenons également le cas des salariés partagés. Il est tout à fait envisageable que des EPN (en milieu rural notamment) puissent constituer un groupement d'employeurs (GE) avec une autre structure de leur territoire pour recruter un(e) salarié(e) partagé(e). Si vous connaissez des EPN qui ont déjà mis en place ce type de dispositif, nous serons heureux d'avoir un retour d'expérience.

Coworking

Les espaces de travail partagé (coworking) fleurissent sur notre territoire, requestionnant l'acte de travailler, nos organisations et nos pratiques professionnelles. Moyennant des forfaits journaliers ou des formules d'abonnements, ces nouvelles structures répondent de plus en plus aux travailleurs indépendants isolés soucieux de retrouver un mode de socialisation.

Les EPN qui proposent à leurs usagers ce type d'aménagement de leur espace sont encore rares et ce, pour deux raisons essentielles. La première est purement matérielle : la plupart d'entre eux ne disposent pas de l'espace nécessaire pour accueillir des coworkers. La seconde est que, et c'est notre hypothèse, cette pratique et l'organisation qui en découle ne sont pas encore bien identifiées.

Quoi qu'il en soit, il est peu probable qu'à l'avenir l'activité de coworking soit massivement adoptée par les EPN. Sa rentabilité nous semble peu aisée, car elle nécessite un espace assez conséquent, bien aménagé et convivial, ouvert sur une grande amplitude horaire. Enfin, il nous semble que pour réussir, cette activité devrait se faire, dans bien des cas, au détriment d'autres services ; c'est une difficulté supplémentaire pour sa mise en œuvre.

Des EPN hybrides et agiles

Nous l'avons vu, les EPN des prochaines années devront faire preuve d'adaptabilité et d'agilité tant leurs missions et leurs activités seront variées. La mixité sera donc leur principale force et leur marque de fabrique. Ceci est dû à la grande diversité qu'ils devront gérer :

  • les publics accueillis : particuliers de tous les âges, de toutes les appartenances socioculturelles et socioprofessionnelles, associations, PME, collectivités...
  • les territoires d'implantation : urbains, périurbains, ruraux
  • les niveaux de compétences : débutants, intermédiaires et confirmés
  • les technologies : software, hardware, programmation, fabrication numérique
  • les modes de financement : publics et privés
  • les modèles économiques : marchands et non marchands
  • la cohabitation avec les autres acteurs de la médiation numérique présents sur leur territoire : fablabs, hackerspaces/makerspaces, infolabs/médialabs, espaces de coworking, médiathèques...

Une mission qui peut sembler impossible vu l'ampleur et la complexité de la tâche, mais bigrement passionnante faisant des EPN de véritables tiers lieux où se construira le pouvoir d'agir des citoyens à l'ère numérique.

  1. Voir à ce propos les deux articles parus en mars et avril 2016 sur le site de Vecam : Quelle surprise ! Une réduction des financements des EPN… à Paris (29/03/16) et Le numérique public : cache-sexe du déni des droits ou levier de solidarité ? (12/04/16)

7 pensées sur “Quels EPN pour demain ?

  • 11 mai 2017 à 10 h 33 min
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    Eh bien, bravo, superbe synthèse que je vais me garder de côté. J’ai, à vrai dire, rien à rajouter, et partage tes vues pour l’avenir. Il semble que le modèle « agile » « hybride » soit incontournable, aussi bien pour ce qu’on fera dans un EPN que comment on le financera.

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  • Ping : Quels EPN pour demain ? | Espace Numérique

  • 17 mai 2017 à 20 h 36 min
    Permalink

    Tout à fait d’accord avec le tableau des EPN aujourd’hui, leurs possibilités d’orientations et de l’avenir, quoique incertain « bigrement passionnant ».
    A inclure également, la place de plus en plus importante de la médiation et des ressources numériques dans les médiathèques. Le métier de bibliothécaire a tendance à se transformer en accompagnateur, animateur, facilitateur d’usage d’un troisième lieu et les EPN publics ou privés, y ont forcément une carte importante à jouer.

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    • 18 mai 2017 à 12 h 10 min
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      Oui, Bruno, tu as raison d’évoquer les médiathèques et le travail des bibliothécaires en matière de médiation numérique. Mon article était volontairement centré sur les EPN, un sujet que je connais mieux. Il vise indirectement à faire comprendre la situation très difficile (notamment à Paris) dans laquelle se trouvent certains espaces qui ne ménagent pourtant pas leur peine depuis très longtemps à accompagner et former des publics fragiles. Les décideurs doivent le comprendre et en prendre la mesure.

      Si tu as des choses à partager que tu fais dans ton activité, nous serons heureux de les découvrir.

      Bonne continuation du côté du Maine-et-Loire.

      Bien à toi

      Yann

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  • 18 mai 2017 à 4 h 32 min
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    Merci pour cette synthèse très intéressante que nous connaissons également en terme de problématiques, d’approches et/ou autres, du côté de la Nouvelle-Calédonie. Cela nous permettra d’avoir également des pistes de réflexion sur le devenir des EPN par içi aussi. Merci,

    Répondre
    • 18 mai 2017 à 12 h 05 min
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      Merci Angela pour ce retour et ces encouragements. N’hésitez pas à témoigner, cela enrichira la réflexion.

      Peut-être qu’avec la nomination de Mounir Mahjoubi au gouvernement nous aurons une oreille attentive aux difficultés que peut rencontrer la médiation numérique et les EPN en particulier ? L’avenir nous le dira. Envoyez-nous des nouvelles de votre île, des actions que vous menez chez vous… faites-nous rêver 😉

      Amitiés

      Yann Vandeputte

      Répondre

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